C’est en ouverture de l’essai de Claire Richard: « Je ne me souviens pas du moment précis où j’ai regardé ma mère en pensant : “Je ne serai jamais comme elle.” Mais je sais que ces six mots ont longtemps constitué un serment secret ». Comme Claire, cette phrase m’a longtemps suivie. Adolescente, je l’ai hurlée à ma mère des centaines de fois. Elle balafrait les pages de mes journaux. J’ai longtemps cru à une simple promesse de différence, mais c’était plus radical : une frontière intérieure. Devenir une femme, oui. Mais surtout, ne jamais devenir celle-là.
Ce que l’autrice montre avec beaucoup de justesse, c’est que cette distance n’est jamais seulement intime. Nous regardons nos mères avec les yeux d’un monde qui les a façonnées avant nous et qui nous a appris, ensuite, à mépriser en elles ce qu’il avait lui-même produit.
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