Kessel

La peau et les os.

La maigreur extrême est de retour. Comme toujours, quand il s’agit des femmes, la mode finit par devenir une méthode de réduction.

Impudique
3 min ⋅ 02/09/2026

Yeux rivés sur les tapis rouges, les corps féminins ont rétréci. Emma Stone, Jenna Ortega, Nicole Kidman, Demi Moore, Ariana Grande et tant d’autres : les bras s’affinent, les visages se creusent, les clavicules saillent, les silhouettes s’étirent jusqu’à devenir presque graphiques. Je pourrais continuer à énumérer des noms, mais ce serait précisément rater le sujet. Ce qui m’intéresse n’est pas de savoir pourquoi telle femme a perdu dix kilos, ce qu’elle mange au petit-déjeuner ou si elle prend de l’Ozempic. Je me fous de leur assiette et de leur dossier médical. Ce qui m’intéresse, c’est qu’à un moment parfaitement identifiable, suffisamment de femmes parmi les plus photographiées de la planète se sont mises à fondre pour que la maigreur extrême redevienne une esthétique.

Écrire cela est devenu curieusement compliqué. Nous avons passé des années à répéter, à raison, qu’il fallait foutre la paix au corps des femmes. Ne plus commenter leur poids, ne plus disséquer leurs fesses, ne plus transformer trois kilos pris pendant les vacances en événement éditorial. Très bien. Mais de cette nécessité élémentaire, nous avons parfois tiré une conclusion absurde : il faudrait désormais devenir aveugles. Une actrice peut perdre un tiers de sa silhouette, dix autres peuvent connaître simultanément une transformation comparable, les podiums peuvent se repeupler de corps décharnés, les réseaux sociaux peuvent remettre la maigreur au sommet de leur algorithme du désirable et il faudrait regarder le plafond parce que commenter serait grossophobe, maigrophobe, antiféministe, intrusif. Non. Il existe une différence fondamentale entre commenter le corps d’une femme et commenter ce qu’une société est en train de faire au corps des femmes. Le premier ne nous regarde pas. Le second nous regarde toutes.

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Impudique

Par Illana Weizman