Fin de cycle
Il y a deux ans, j’ai lancé cette newsletter payante. Parce que je crois que penser a de la valeur. Parce que je crois que la parole des femmes mérite mieux que la gratuité automatique. Mettre un prix, c’était aussi prendre sa place.
Ces deux années ont été un séisme personnel. Un divorce. Des reconfigurations structurelles. L’amour qui existe autrement. Les peurs qui changent de visage. Les angoisses qui ne disparaissent pas mais se déplacent. Un nouveau travail. L’indépendance conquise. La stabilité construite à la main. Et en parallèle, la peur brute de la solitude. La maternité sans cesse réinterrogée. La féminité secouée. La sexualité déplacée. Des découvertes, des prises de liberté, de positions, des enfermements aussi.
Cette newsletter a été le laboratoire de tout ça. Un espace où je testais des phrases comme on teste des hypothèses. Où je me mettais en danger. Où j’essayais de penser plus loin que le confort. Parfois j’ai frappé juste. Parfois j’ai tâtonné ou ne suis pas allée au bout. Mais j’ai toujours écrit avec ce feu-là : ne pas me mentir et ne pas vous mentir.
Deux ans plus tard, je ferme ce chapitre. Les mots sont toujours là mais le mouvement, lui, s’achève. En tous cas sous cette forme. Je mets fin à ce modèle payant, à la production régulière, à l’obligation implicite d’être au rendez-vous, mais je ne disparaît pas. Je vous proposerai de nouveaux opus de façon irrégulière et entièrement gratuite. J’écrirai quand je le pourrai. Quand ça brûlera assez pour mériter d’être dit.
Parce qu’écrire est mon art. Pas une compétence, une nécessité. C’est ma façon d’appartenir au monde sans m’y dissoudre. Ma façon de me tenir debout quand tout se reconfigure. De comprendre ce qui m’arrive au lieu de simplement le traverser. Je ne sais pas toujours parler. Je ne sais pas toujours réagir. Mais je sais écrire. Je sais déposer une phrase. La façonner, la refaçonner jusqu’à ce que quelque chose de vrai affleure. L’écriture n’est pas un hobby, c'est mon système nerveux. Quand j’écris, je ne commente pas la vie : je l’habite. Je l’éprouve. Je la découpe pour voir ce qu’elle contient. Mes mots sont le lieu où je deviens lisible à moi-même. Où je cesse d’être floue et de me voir agir depuis l'extérieur, spectatrice de ma propre vie.
Merci aux abonnées fidèles. À celles qui ont lu, soutenu, contesté parfois, vous avez rendu cet espace possible.
À bientôt.